20.02.2017

-Attention, le message suivant comporte, suite à une certaine émotion négative, une vulgarité (au sens premier) non dissimulée-

Sur mon diplôme il est mis : théâtre et arts de la parole.
Je ne suis pas gymnaste, je ne suis pas danseuse, je ne suis pas chanteuse, je ne suis pas forcément une usine productrice d’idées formidables à la seconde.

Je suis lasse qu’on nous prenne pour des hommes-orchestre.
Je suis comédienne, je ne suis pas une boite multi-sports ou une pluri-disciplinaire. Ou du moins, ça me regarde.

VOUS NE ME VERREZ PAS FAIRE DE LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE. Tout bonnement parce que je n’ai foutrement AUCUNE idée de ce que c’est et que ça ne m’intéresse pas. Et que je ne vois pas pourquoi je devrais préparer une prestation par rapport à quelque chose que je ne connais pas.

Si tu veux on cause un peu de cet art profond, subtile, puissant. Je suis sûre que toi aussi tu vas me dire que je suis étonnante. Je commence à en avoir l’habitude.
Mais non, je dois faire la guignole.

Merde, je suis pas là pour ça…

J’en ai assez, assez….
Vit-on dans une société de misérables ?
Je vais accepter d’être honnête envers moi-même deux minutes, mettons à part toute stupide notion de « prétention » (bien que je ne me fasse aucune illusion sur mon image auprès des misérables après ça), je vais écouter le retour le plus fréquent que je reçois depuis cinq ans : je suis brillante.

Ah.
(ou « oh ! », selon…)
ça se discute, ok (te fâche pas trop vite Kevin), mais c’est ce qui revient tout le temps.

Combien de fois ai-je entendu cette surprise, cet élan de plaisir, cette stupeur, pour combien de personnes désireuses in fine de travailler avec moi ?
Qu’est-ce que ça fait aux gens de rencontrer quelqu’un de brillant sinon un oubli approximativement rapide ?

Vous savez ce qu’est ma réalité ?
Tout le monde s’en fout.
Je peux vous analyser le sens d’une pièce et la contextualiser de manière remarquable, l’interpréter sous cet aspect avec toutes mes failles, bien sûr, mais aussi mes atouts, je peux avoir un sens profond de l’Art et obtenir la sympathie de mes maîtres, mais : on s’en fout.

Vit-on dans un monde ou la qualité n’a pas d’importance ?
Parce qu’il faut être capable d’amuser la galerie. Il faut être capable de RÉVEILLER l’esprit qui DORT parce qu’il S’ENNUIE.
Parce que si je ne sais pas danser sur ma tête, faire trois pets et mixer trois sons dans une seule phrase sans même essayer de la comprendre malgré les cent fois où je l’ai dite, je n’intéresse pas.
Parce que si je suis trop passionnée, ça n’est ni original ni distrayant.

Vive les intellectuels, vive les rares qui dans leur trou, abandonnés, se laissent encore émouvoir par le fin et le subtile et se questionnent encore sur ce qu’il y a de Plus !

Et pourtant l’heure n’est pas au panache, il n’y a aucun plaisir à se voir dans l’indifférence générale.
Il n’y a aucun plaisir à voir le savoir être relégué au rang du dictionnaire poussiéreux sur l’armoire.
C’est paralysant, pétrifiant.
Je me sens parfois incapable d’être moi-même par ce qu’À QUOI BON ? Et je suis immobile, observant de manière figée le monde qui se presse et broie.

C’était mon message pessimiste, vilain et triste du mois.
Je suis bien malheureuse de cette situation.

C’est mon ressenti.
Il n’entache en rien l’admiration que j’ai pour mes pairs.

Salut.

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N’importe où hors du monde, Baudelaire 

« Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.

Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme.
« Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’habiter Lisbonne ? Il doit y faire chaud, et tu t’y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est au bord de l’eau ; on dit qu’elle est bâtie en marbre, et que le peuple y a une telle haine du végétal, qu’il arrache tous les arbres. Voilà un paysage selon ton goût ; un paysage fait avec la lumière et le minéral, et le liquide pour les réfléchir ! »
Mon âme ne répond pas.
« Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du mouvement, veux-tu venir habiter la Hollande, cette terre béatifiante ? Peut-être te divertiras-tu dans cette contrée dont tu as souvent admiré l’image dans les musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes les forêts de mâts, et les navires amarrés au pied des maisons ? »
Mon âme reste muette.
« Batavia te sourirait peut-être davantage ? Nous y trouverions d’ailleurs l’esprit de l’Europe marié à la beauté tropicale. »
Pas un mot. — Mon âme serait-elle morte ?
« En es-tu donc venue à ce point d’engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal ? S’il en est ainsi, fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort. — Je tiens notre affaire, pauvre âme ! Nous ferons nos malles pour Tornéo. Allons plus loin encore, à l’extrême bout de la Baltique ; encore plus loin de la vie, si c’est possible ; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise qu’obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d’un feu d’artifice de l’Enfer ! »
Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie : « N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde ! »
Charles Baudelaire

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Primaire 

​Leia devient la princesse préférée de plein de demoiselles qui visiblement étaient déjà modernes avant l’heure. 

Il y a des filles qui sont nées avec une biologie profondément féministe. Impressionnant tout ça.

Moi, entre 5 et 12 ans je ne comprenais rien à la vie. J’ai dû m’instruire et être conditionnée par mon entourage, ma société, mes lectures, mes observations, mon époque pour devenir « moderne » (quoique…). 

Je suis forcément moins légitime : je pourrais retomber à tout moment dans mon métabolisme primaire. 

Faites attention, ne me lisez plus.

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Le grand ciel

le-grand-ciel

 

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Nouveaux dessins

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Nouveaux dessins sur le blog de Maré 🙂

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Was ist Aufklärung?

« Les Lumières c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Sapere aude ! (Aie le courage de savoir ! / Ose savoir !) Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Telle est la devise des Lumières. » Emmanuel Kant

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Baudelaire, Le monde va finir

« ​Le monde va finir ; la seule raison pour laquelle il pourrait durer, c’est qu’il existe. Que cette raison est faible, comparée à toutes celles qui annoncent le contraire, particulièrement à celle-ci : Qu’est-ce que le monde a désormais à faire sous le ciel ? Car, en supposant qu’il continuât à exister matériellement, serait-ce une existence digne de ce nom et du dictionnaire historique ? Je ne dis pas que le monde se réduit aux expédients et au désordre bouffon des républiques du Sud-Amérique, que peut-être même nous retournerons à l’état sauvage et que nous irons, à travers les ruines herbues de notre civilisation, chercher notre pâture, un fusil à la main. 

Non ; car ce sort et ces aventures supposeraient encore une certaine énergie vitale, écho des premiers âges. Nouvel exemple et nouvelles victimes des inexplorables lois morales, nous périrons par où nous avons cru vivre. 
La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou anti-naturelles des utopistes ne pourra être comparé à ses résultats positifs. 
Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie. De la religion, je crois inutile d’en parler et d’en chercher les restes, puisque se donner encore la peine de nier Dieu est le seul scandale en pareilles matières. La propriété avait disparu virtuellement avec la suppression du droit d’aînesse ; mais le temps viendra où l’humanité, comme un ogre vengeur, arrachera leur dernier morceau à ceux qui croiront avoir hérité légitimement des révolutions. Encore, là ne serait pas le mal suprême. 
L’imagination humaine peut concevoir, sans trop de peine, des républiques ou autres Etats communautaires dignes de quelque gloire, s’ils sont dirigés par des hommes sacrés, par certains aristocrates. Mais ce n’est pas particulièrement par des institutions politiques que se manifestera la ruine universelle, ou le progrès universel ; car peu m’importe le nom. Ce sera par l’avilissement des cœurs. 
Ai-je besoin de dire que le peu qui restera de politique se débattra péniblement dans les étreintes de l’animalité générale, et que les gouvernements seront forcés, pour se maintenir et pour créer un fantôme d’ordre, de recourir à des moyens qui feraient frissonner notre humanité actuelle, pourtant si endurcie ! Alors, le fils fuira la famille, non pas à dix-huit ans, mais à douze, émancipé par sa précocité gloutonne ; il la fuira, non pas pour chercher des aventures héroïques, non pas pour délivrer une beauté prisonnière dans une tour, non pas pour immortaliser un galetas par de sublimes pensées, mais pour fonder un commerce, pour s’enrichir, et pour faire concurrence à son infâme papa, fondateur et actionnaire d’un journal qui répandra les lumières et qui ferait considérer le siècle d’alors comme un suppôt de la superstition. 
Alors, les errantes, les déclassées, celles qui ont eu quelques amants, et qu’on appelle parfois des anges en raison et en remerciement de l’étourderie qui brille, lumière de hasard, dans leur existence logique comme le mal, alors celles-là, dis-je, ne seront plus qu’impitoyable sagesse, sagesse qui condamnera tout, fors l’argent, tout, même les erreurs des sens ! Alors, ce qui ressemblera à la vertu — que dis-je — tout ce qui ne sera pas l’ardeur vers Plutus sera réputé un immense ridicule. 
La justice — si, à cette époque fortunée, il peut encore exister une justice —fera interdire les citoyens qui ne sauront pas faire fortune. Ton épouse, ô bourgeois ! Ta chaste moitié dont la légitimité fait pour toi la poésie, introduisant désormais dans la légalité une infamie irréprochable, gardienne vigilante et amoureuse de ton coffre-fort, ne sera plus que l’idéal parfait de la femme entretenue. Ta fille, avec une nubilité enfantine, rêvera dans son berceau qu’elle se vend un million. Et toi-même, ô bourgeois — moins poète encore que tu n’es aujourd’hui — tu n’y trouveras rien à redire ; tu ne regretteras rien. Car il y a des choses, dans l’homme, qui se fortifient et prospèrent à mesure que d’autres se délicatisent et s’amoindrissent, et, grâce un progrès de ces temps, il ne te restera de tes entrailles que des viscères ! Ces temps sont peut-être bien proches ; qui sait même s’ils ne sont pas venus, et si l’épaississement de notre nature n’est pas le seul obstacle qui nous empêche d’apprécier le milieu dans lequel nous respirons ! 
Quant à moi, qui sens quelquefois en moi le ridicule d’un prophète, je sais que je n’y trouverai jamais la charité d’un médecin. 
Perdu dans ce vilain monde, coudoyé par les foules, je suis comme un homme lassé dont l’œil ne voit en arrière, dans les années profondes, que désabusement et amerture, et devant lui qu’un orage où rien de neuf n’est contenu, ni enseignement ni douleur. 
Le soir où cet homme a volé à la destinée quelques heures de plaisir, bercé dans sa digestion, oublieux — autant que possible — du passé, content du présent et résigné à l’avenir, enivré de son sang-froid et de son dandysme, fier de n’être pas aussi bas que ceux qui passent, il se dit en contemplant la fumée de son cigare : Que m’importe où vont ces consciences ? 
Je crois que j’ai dérivé dans ce que les gens du métier appellent un hors-d’œuvre. Cependant, je laisserai ces pages, parce que je veux dater ma tristesse.* »

Baudelaire. Fusées

 

*Dans le manuscrit, on peut lire le mot « colère », qui a été biffé, pour être remplacé par « tristesse ».

 

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