Entretien avec Michel Fau

Je suis tombée par hasard sur cet entretien avec Michel Fau que j’ai justement vu intérpreter Tartuffe il y a deux mois au Théâtre de la porte st Martin.
Et alors ? Je dois partager, me contenter de ne copier que les passages qui font dresser mes oreilles d’intéret reviendrait pratiquement au même.

Entretien. Comédien hors norme, au registre exubérant, Michel Fau a monté le spectacle phare de cet automne, un Tartuffe baroque et follement audacieux dont il partage l’affiche avec Michel Bouquet. Pour Valeurs actuelles, il expose sa vision du théâtre et des “théâtreux”.

Qu’est-ce qui vous a décidé à monter ce Tartuffe ? La pièce, l’envie de jouer avec Michel Bouquet ?

Depuis douze ans, je ne monte que les textes qui m’ont fait rêver quand j’étais ado : Montherlant, André Roussin, et puis évidemment Molière, le Misanthrope, maintenant le Tartuffe, plus tard j’aimerais faire George Dandin. J’ai été bouleversé quand j’ai lu ces textes à l’époque : je pense que c’est important pour un artiste d’être fidèle à ses premiers émois. Bouquet, je n’aurais jamais imaginé jouer avec lui, parce qu’il avait été mon prof il y a vingt-cinq ans, et qu’il est assez impressionnant comme professeur : il avait été déterminant, mais de façon assez déroutante. Il y a deux ans, il m’a dit : « Tu devrais jouer Tartuffe », et j’ai répondu : « Oui, mais avec vous dans Orgon. » Bouquet, c’est un cas : il a 92 ans, il joue depuis qu’il a 17 ans, il a consacré sa vie aux poètes ; au théâtre, il n’a jamais joué que des grands textes, jamais de choses mineures. C’est comme un sacrifice : il s’est sacrifié aux poètes. Sur scène, il est dans des états de transe mystique quand il joue, quand il profère les alexandrins… C’est exceptionnel.

Il y a trop d’acteurs qui sont confortablement installés, c’est pour ça qu’on s’emmerde souvent au théâtre ou au cinéma. Le métier d’acteur est devenu un métier de notables, alors qu’avant c’était un métier de bizarres. On a galvaudé le métier d’acteur, on nous a fait croire qu’il suffisait d’être naturel et de parler juste : je pense que c’est plus compliqué que ça, et plus intéressant.

On a l’impression que votre mise en scène est un pamphlet contre le théâtre naturaliste, avec ses personnages qui discutent de leurs états d’âme dans des cuisines en formica…

Évidemment, j’ai un imaginaire, des fantasmes, mais je pars toujours de la pièce, je rebondis sur elle. J’essaie d’être le plus proche du texte, le plus naïf par rapport à lui, le plus théâtral possible, je me pose des questions sur le style, sur la langue, sur l’esthétique, la façon dont la pièce était jouée à l’époque, et après ça donne un objet. Et c’est alors que je me rends compte que cet objet est comme un manifeste sur un théâtre qui n’existe plus. Je crois que c’est pour ça que le public vient nombreux, et un public très mélangé, de générations mais aussi de positions sociales très différentes. Il y a une théâtralité, un lyrisme, une poésie, quelque chose qui n’est pas réaliste, pas naturaliste. On avoue qu’on est au théâtre : il y a de l’artificialité, il y a un décor peint, qui est quelque chose qu’aujourd’hui on ne fait plus du tout. Je comprends que ça ne plaise pas, mais ce style de théâtralité “baroque”, c’est un truc qui n’existe plus. Et puis, si on a peur de parler de Dieu, de parler du roi, des alexandrins, il ne faut pas monter cette pièce ! Et souvent, les metteurs en scène ont peur des trois… La dernière mise en scène que j’ai vue du Tartuffe, c’était devenu un drame bourgeois sur un père qui n’est pas sympa avec ses enfants et un mec qui tripote une nana, une histoire de petite culotte, en fait…

Alors que beaucoup de metteurs en scène jouent Richard III en costumes nazis, vous avez fait le choix d’une mise en scène presque historiciste pour mieux laisser la modernité du texte parler d’elle-même…

C’était peut-être bien de jouer Molière en costumes modernes, mais on le fait depuis 1962 ! C’est devenu un académisme… Dans toutes les mises en scène, ils essayent de moderniser — parce qu’ils n’ont rien à dire — et on joue comme à la télé, on joue petit, quotidien. Il y a des textes qui demandent à être joués de manière naturaliste, mais ces textes-là, ça n’est pas fait pour ça, c’est un théâtre lyrique, grotesque et dévastateur… C’est comme monter Wagner ou Verdi dans une cuisine. Ça revient à rabaisser les mythes, alors que les gens veulent des mythes. Le vrai public — pas les théâtreux —, il n’a pas envie qu’on lui parle de problèmes de banlieue, de voir des survêtements sur scène… C’est comme les concertos de Mozart : dans les années soixante-dix, on les jouait au synthétiseur, puis on s’est rendu compte que c’était un peu con, en fait ; et maintenant on essaie de retrouver le son de l’époque. Mais au théâtre, on est resté à cette modernisation à la con. La Comédie-Française n’assume plus son rôle de servir le patrimoine, ils sont complexés par rapport à ça. Même là, les alexandrins sont massacrés : il n’y a plus de lieu en France où l’on dit correctement les alexandrins. Alors que c’est un truc sublime qui a été inventé en France. Par contre, quand il y a un spectacle de kabuki qui passe en France, tout le monde applaudit… À l’Odéon, ils viennent de monter un Tchekhov en langue des signes russe ! C’est quand même dément, non ?

Est-ce que le théâtre contemporain n’est pas devenu une rebellocratie, un art officiel qui se vit comme quelque chose d’extrêmement audacieux ?

Alors qu’il ne choque plus personne ! Ils ont remplacé un académisme par un autre. Maintenant, quand on va voir une pièce classique, on sait très bien qu’ils vont être en costard-cravate, qu’il y aura des meubles Ikea, de la vidéo, que le texte sera détourné, qu’il n’y aura plus du tout de théâtralité ; plus d’emphase, plus de lyrisme, plus de poésie, pas beaucoup d’humour — ou alors, quand ils essaient de faire de l’humour, c’est pire… Mais ils ne choquent personne ! C’est le règne de la tiédeur, ça plaît aux bourgeois qui lisent Télérama et l’Obs. Et ils jouent comme à la télé : ce jeu de téléfilm a tout contaminé, le théâtre de boulevard aussi. Autrefois, quand j’allais voir Jean Poiret et Maria Pacôme, ils étaient délirants ! Darry Cowl était surréaliste dans son jeu. Maintenant, même chez Ivo van Hove, le metteur en scène à la mode, ils jouent comme dans Joséphine ange gardien ! Ils ne parlent pas trop fort, ils sont sobres, ils ne font pas d’effet de voix, il n’y a aucune folie. On dit que mes comédiens ont un jeu boursouflé : mais c’est beau, le jeu boursouflé !

D’où vient ce règne de la tiédeur ?

C’est le raisonnable qui a tout contaminé. Je crois que ça vient du politiquement correct. Giraudoux, je crois, disait que la décadence du théâtre était liée à la décadence de la société. Si l’artiste cherche à être quelqu’un de bien socialement, à partir du moment où il dit : il ne faut pas faire ça, il ne faut pas dire ça, il est foutu. Je ne pense pas que Picasso ou Wagner étaient des gens recommandables, on s’en fout, sans parler de Céline et compagnie. Aujourd’hui, ceux qui se disent artistes sont le plus souvent des notables. Et ça donne “balance ton porc” : avant, les actrices étaient des cocottes, des poules (il faut relire Nana de Zola !), aujourd’hui, ce sont des bourgeoises qui sont choquées quand on leur met la main sur la cuisse… Je ne pense pas qu’Arletty aurait “balancé son porc”… C’est un embourgeoisement qui vient du copinage avec le pouvoir. Avant 1981, comme il y avait très peu d’artistes de droite, les ministres de droite — et il y en a eu de très grands, comme Michel Guy — nommaient les gens en fonction de leur qualité artistique. Vitez, qui était communiste, était nommé directeur de Chaillot, Jean-Pierre Vincent, qui était de gauche, directeur du Théâtre national de Strasbourg, et Jacques Toja, qui était de droite, à la Comédie-Française. Mais quand la gauche est arrivée au pouvoir, on a nommé des gens parce que c’étaient des amis… Et puis la droite s’est mise à avoir des complexes par rapport à Jack Lang, ce qui est quand même invraisemblable.

Francis Huster a dit récemment : « On ne peut pas être artiste sans être de gauche »…

Déjà, la gauche n’existe plus… Et puis, avoir une étiquette politique, ça veut dire qu’on est bien intégré dans la société. Or on est artiste parce qu’on n’arrive pas à croire aux codes de la société. C’est très récent, cette idée que l’acteur est de gauche… Je ne pense pas que Pierre Brasseur, Bourvil, Michel Simon, Harry Baur étaient de gauche. Ni de droite, d’ailleurs. Un des seuls acteurs qui se dit réac, c’est Luchini : il est détesté par la profession mais il remplit les salles, en faisant un travail très ambitieux, vraiment admirable. Moi je ne me sens ni de droite ni de gauche, même pas anarchiste. Je me sens dadaïste. Le dadaïste, c’est celui qui est contre le goût du jour.

Dans un entretien, vous avez dit ne pas supporter la “dictature culturelle” : comment se manifeste-t-elle ?

Quand j’ai osé dire que le théâtre de Joël Pommerat m’ennuyait, on m’a dit : « Tu n’as pas le droit de dire ça. » Ah bon, pourquoi ? Je vais aller en prison ? C’est hallucinant ! J’ai reçu des messages de gens qui me disaient : « Comment tu peux dire ça, c’est honteux… »

Est-ce que le problème du théâtre aujourd’hui, ce n’est pas aussi l’ego des metteurs en scène, qui se considèrent plus importants que l’auteur de la pièce…

Il y a toute une génération de metteurs en scène qui n’en ont rien à faire des auteurs, pour qui ils ne sont qu’un prétexte. Krzysztof Warlikowski dit : « Je déteste l’opéra, c’est un art bourgeois », et il gagne des fortunes en faisant cinq mises en scène d’opéra par an… C’est quelqu’un qui est payé très cher pour mépriser son public ! Stéphane Braunschweig monte Britannicus à la Comédie-Française, et il dit qu’il n’aime pas les alexandrins… Qu’il fasse autre chose, alors ! Mais ces gens-là ne s’adressent pas au public, ils s’adressent aux critiques. D’ailleurs tous les gens qui parlent de théâtre populaire, comme Olivier Py, s’adressent à des bourgeois privilégiés. Le théâtre populaire, ça n’est pas de jouer cinq fois à l’espace Cardin, c’est Chantal Ladesou qui tient l’affiche pendant un an avec Nelson ! Pour ma part, je ne dis pas faire du théâtre populaire : j’essaie de faire une oeuvre d’art, et puis j’espère que les gens vont venir, c’est tout.

Est-ce qu’il y a encore un avenir pour le théâtre ? Vous avez essayé d’enseigner au Conservatoire, puis jeté l’éponge assez rapidement…

Aujourd’hui, le Conservatoire national, c’est la mort. D’ailleurs, ils n’apprennent pas de grands textes, ils font de la vidéo, du tai-chi, de la danse… On leur met des micros HF, pour qu’ils jouent petit. La directrice parlait d’interdire Claudel au Conservatoire, sous prétexte qu’il était pétainiste ou je ne sais pas quoi… Mais en même temps, j’ai rencontré des jeunes qui avaient envie de faire du vrai théâtre. L’état des lieux est catastrophique, mais je ne suis pas pessimiste. C’est tellement terrible que du coup il peut y avoir une réaction.

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Benjamin Biolay – Ton héritage

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Benjamin Biolay – Ton héritage

Si tu aimes les soirs de pluie
Mon enfant, mon enfant
Les ruelles de l’Italie

Et les pas des passants
L’éternelle litanie
Des feuilles mortes dans le vent
Qui poussent un dernier cri
Crie, mon enfant

Si tu aimes les éclaircies
Mon enfant, mon enfant
Prendre un bain de minuit
Dans le grand océan
Si tu aimes la mauvaise vie
Ton reflet dans l’étang
Si tu veux tes amis
Près de toi, tout le temps

Si tu pries quand la nuit tombe
Mon enfant, mon enfant
Si tu ne fleuris pas les tombes
Mais chéris les absents
Si tu as peur de la bombe
Et du ciel trop grand
Si tu parles à ton ombre
De temps en temps

Si tu aimes la marée basse
Mon enfant, mon enfant
Le soleil sur la terrasse
Et la lune sous le vent
Si l’on perd souvent ta trace
Dès qu’arrive le printemps
Si la vie te dépasse
Passe, mon enfant

Ça n’est pas ta faute
C’est ton héritage
Et ce sera pire encore
Quand tu auras mon âge
Ça n’est pas ta faute
C’est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou, plutôt sans

Si tu oublies les prénoms
Les adresses et les âges
Mais presque jamais le son
D’une voix, un visage
Si tu aimes ce qui est bon
Si tu vois des mirages
Si tu préfères Paris
Quand vient l’orage

Si tu aimes les goûts amers
Et les hivers tout blancs
Si tu aimes les derniers verres
Et les mystères troublants
Si tu aimes sentir la terre
Et jaillir le volcan
Si tu as peur du vide
Vide, mon enfant

Ça n’est pas ta faute
C’est ton héritage
Et ce sera pire encore
Quand tu auras mon âge
Ça n’est pas ta faute
C’est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou, plutôt sans

Si tu aimes partir avant
Mon enfant, mon enfant
Avant que l’autre s’éveille
Avant qu’il te laisse en plan
Si tu as peur du sommeil
Et que passe le temps
Si tu aimes l’automne vermeil
Merveille, rouge sang

Si tu as peur de la foule
Mais supportes les gens
Si tes idéaux s’écroulent
Le soir de tes vingt ans
Et si tout se déroule
Jamais comme dans tes plans
Si tu n’es qu’une pierre qui roule
Roule, mon enfant

Ça n’est pas ta faute
C’est ton héritage
Et ce sera pire encore
Quand tu auras mon âge
Ça n’est pas ta faute
C’est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou, plutôt sans

Mon enfant

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Nick Cave – Into my arms

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Nick Cave – Into my arms

« But I believe in love
And I know that you do too
And I believe in some kind of path
That we can walk down, me and you »

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La roche aux faucons

Il y a un an exactement.
Promenade sur la « Roche aux faucons », vue magnifique où nous nous sommes rendus mainte fois avec toi en tenant ta main. Tu avais toujours peur que nous tombions.
Ce jour-là pourtant tu venais de me faire ton dernier clin d’œil et c’est moi qui tenais ta tendre main.
Tes yeux rieurs et ta tendresse ne m’ont plus quittés et je pense à toi et dans mes jours et dans mes nuits.
Petit papa tout doux, cette vue magnifique c’est par tes yeux que je l’ai embrassée et aujourd’hui tu pourras encore la contempler au travers de mes propres yeux qui sont un peu les tiens.
Car tu vis dans mon coeur et dans mon âme.

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Chrétien de Troyes, Erec et Enide, v. 2606

« Ne set qu’est bien qui mal n’essaie. » 

« Qui ne fait pas l’expérience du mal, ne sait ce qu’est le bien. » 
Erec et Enide, Chrétien de Troyes. 

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Manger – acheter – se divertir

Deux journées à Disneyland. 

Le pays de Disney, clos et cher, contenu dans une géographie parfaitement circulaire.

J’ai surconsommé de manière involontairement exorbitante ce rêve américain de réussite, « embelli » de bonheur pastel, propre, qui rentre sans interruption jusque dans les oreilles. 

Manger – acheter – se divertir voici les trois pôles égaux d’une journée voulue parfaite tout droit vers le bonheur à la Disney, sous la fière enseigne américaine, bâti sur l’espérance des rêves (précisément de l’élévation sociale) et de l’amour inconditionnel (sans ça tout le monde detesterait Disney, mais voilà : l’amour est plus fort que tout).

J’ai joué parfaitement.

J’ai donc une casquette Mickey et une tasse Mickey ainsi qu’une photo en compagnie d’une personne inconnue déguisée en Mickey. Dont je n’avais pas besoin mais qui furent les heureux lot du « je veux tout avoir ».

Mais je ne suis plus celle qui était passée presque vingt ans auparavant et ressortie pleine d’étoiles dans les yeux. Pour moi il n’y eu ni rêve, ni bonheur, ni réalité, ni amusement inconditionnel face à ce qui fait Disney. Un gros Fake qui surf sur mon amour des films et sur mon besoin de consommation, ainsi que sur ma naïve admiration des feux d’ « artifices ». Ce qui mal-heureusement, fait de ce séjour une réussite, qui me rendra probablement rapidement le désir d’y retourner. 

Je passe sur l’analyse des filles « ante-mater » et post-adolescentes (c’est-à-dire de ma génération), portant pour 80 pourcent d’entre-elles – et donc par centaines – un serre-tête Minnie identique ou presque.

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Pensée à la vue d’un homme à la voix chaude et au discours agréable

Je voudrais bien voir cet animal, dont la peau déborde en ce moment d’un col de chemise cravaté, surgir de sous un pull lâche et tranquille, pour ne plus avoir « l’air de » mais « être celui qui ».

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